Votre corps parle, écoutez le

Article de Célina Ovadia, paru dans AMINA en avril 2017

1 – Vous nous invitez dans votre ouvrage : « votre corps parle : écoutez le ! » à avoir un autre regard sur nos maladies, passagères ou chroniques. Cette démarche reste encore rare car vous nous rappelez ce que nous avons oublié, le principe millénaire de l’harmonie entre le corps, l’esprit et l’âme. Les maladies seraient le signe d’une dysharmonie entre ces trois aspects de nous-mêmes. Expliquez-nous.

– Pour les chamans du monde entier, l’harmonie du corps et de l’esprit était une évidence qui ne se démontrait plus. La maladie était vue comme une rupture d’harmonie entre le corps et l’esprit, ou entre cette unité et son environnement climatique, social ou affectif. Cette approche globale de l’être humain a perduré en occident pendant des siècles jusque vers le moyen-âge, lorsque les médecins décidèrent de se focaliser désormais sur le seul corps humain pour répondre à des critères scientifiques reproductibles. Des limites apparaissent cependant dans les divergences des réponses thérapeutiques observées d’un patient à l’autre. On constate en effet que l’homme ne fonctionne pas comme une simple machine. Les neurosciences, très actives depuis les années 1960, ont effectué des découvertes fondamentales notamment grâce aux progrès de l’imagerie nucléaire comme l’IRM. Elles démontrent aujourd’hui clairement l’influence des émotions sur le corps par le biais de sécrétions hormonales modifiant la physiologie et les comportements, prouvant ainsi scientifiquement ce qui était considéré comme empirique pendant des millénaires. L’être humain peut être considéré comme une balance qui doit rester en équilibre pour assurer sa santé. La maladie est un signe de déséquilibre de l’organisme, soit entre le corps et l’esprit, soit entre cette unité et son environnement.

2 – « Les maux de tête n’arrivent jamais par hasard », dites-vous, comme les contractures, les palpitations cardiaques, Si ces maux deviennent répétitifs, « c’est que quelque chose nous tracasse  ». C’est ce qui s’appelle la psychosomatique, c’est-à-dire « les relations entre ce qui se passe dans le corps et ce qui se passe dans la tête » selon votre définition. Comment pouvons-nous constituer « une unité psychosomatique » ?

– Votre organisme doit s’adapter en permanence à un environnement en perpétuel changement. Il est doté d’un système de régulation automatique chargé de veiller à sa stabilité en évitant des variations dangereuses pour sa survie. Tout écart des constantes biologiques du fait d’une variation extérieure, tend à revenir automatiquement à un état d’équilibre. Lorsqu’il y a une baisse importante du taux de sucre dans le sang par exemple, l’hypothalamus qui peut être considéré comme le thermostat central de l’organisme, répond par une sensation de faim pour vous inviter à manger juste ce qu’il faut pour rétablir votre taux habituel de glucose et votre confort. Or, si le déséquilibre est trop intense parce que vous n’avez pas mangé depuis trop longtemps, ce système ne peut plus assurer votre équilibre et vous ressentez des malaises.

Il en est de même, lorsqu’une perturbation extérieure affecte votre tranquillité. Lorsque vous êtes contraints, frustrés, obligés par ces circonstances extérieures ou même vos propres croyances dans un objectif de paraitre qui ne coïncide pas avec votre vraie nature ou vos valeurs essentielles, il se crée une faille entre votre corps qui agit et votre âme qui ne peut plus s’exprimer. Il en résulte une émotion de colère, de jalousie, de frustration ou de tristesse, qui correspond à un besoin inassouvi de l’âme. Vous constituez une unité psychosomatique lorsque votre corps est en phase avec votre esprit, c’est-à-dire, vos actes sont en phase avec vos intentions et désirs profonds. A ce moment là, votre organisme fonctionne très bien et vous sentez une harmonie entre votre esprit, votre corps et votre environnement, avec une sensation de sérénité.

3 – Le corps trahit donc nos états d’âme et souvent il n’y a pas d’autres échappatoires aux douleurs et maladies. Nous pouvons les ressentir, les voir et les entendre mais nous avons appris à les nier par l’éducation pour continuer à assurer nos obligations. Vous nous révélez que les symptômes s’inscrivent dans notre corps et traduisent des souffrances cachées, des émotions refoulées. Quelle est la différence entre ce constat et un diagnostic médical ?

– La psychosomatique est une « médecine des malades », qui ne se penche plus uniquement sur les maladies, mais sur l’ensemble de ce qui déstabilise un être humain. Le symptôme apparent n’est plus comme en médecine l’ennemi à abattre, mais un allié qui permet d’accéder à ce qui est enfoui dans son inconscient. On ne cherche plus à mettre en évidence une seule cause psychique ou physique, mais un contexte formé par votre mode de vie, votre passé, vos relations affectives et sociales, vos conditions de vie sans oublier bien sûr vos fragilités physiques. Si le médecin connaît parfaitement les mécanismes de développement de votre maladie, il ne peut pas connaitre votre histoire, ni vos difficultés relationnelles et encore moins vos susceptibilités. C’est donc à vous de faire les liens entre ce qui se passe au fond de vous et ce qui apparaît à la surface, pour aider votre médecin à trouver les meilleures solutions et devenir ainsi acteur de votre santé.

4 – Vous nous démontrez l’influence déterminante de nos émotions sur notre état de santé qui est notre allié le plus précieux dans notre existence. Ces émotions naissent de notre contexte de vie et de notre histoire personnelle. « Elles conditionnent les réactions physiologiques de notre corps  », et écrivez-vous « nos relations personnelles ainsi que nos choix spontanés…. Elles s’impriment donc toujours dans le corps sous forme de sensations physiques agréables ou désagréables ». Pouvez illustrer ces propos par des exemples probants ?

– On ne peut pas faire de lien de cause à effet direct entre une cause mentale et une conséquence physique, puisque les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets sur tout le monde. Ce sont votre éducation, avec les moyens de défense qui vous ont été inculqués pour faire face aux diverses situations, mais aussi les traumatismes passés et vos expériences de vie qui, ancrés dans la mémoire inconsciente de votre système limbique, vont agir comme des références pour juger les évènements présents en dangereux ou au contraire en bénéfique pour vous. Si par exemple dans votre enfance, vous avez fait une mauvaise chute de cheval qui vous a coûté une jambe dans le plâtre pendant trois mois avec une grande frayeur, il ne faut pas s’étonner si devenu adulte, vous ressentez des palpitations cardiaques chaque fois que l’on vous propose une promenade équestre. Vous ne pensez plus à cette lointaine aventure qui est restée cependant inscrite dans votre mémoire inconsciente. Mais le corps, connaissant la douleur passée, réagira par une émotion de peur avec des sécrétions hormonales de stress, pour vous inciter soit à être plus vigilant, soit à éviter cette expérience potentiellement dangereuse. Nos choix sont donc inconsciemment orientés vers ce qui nous a procuré du plaisir dans le passé et qui est susceptible de nous en procurer à nouveau, et s’écartent de ce qui nous a provoqué du stress ou de la douleur dans notre histoire.

5 – Vous nous éclairez encore en nous confirmant la réalité du lien intime entre le corps et l’esprit par la compréhension du plaisir et de la douleur, « deux sensations pour nous orienter ». Être en phase avec ses désirs profonds génèrent du bien-être, affirmez-vous, et ne pas l’être provoque anxiété, frustration, colère, ennui et douleurs diverses. Comment arriver à saisir le sens de ces signaux d’alarme et comment y répondre ?

– Le plaisir et la douleur de vos expériences passées sont vraiment les deux références de base qui vont déterminer votre personnalité et vos comportements. Ce sont elles qui conditionnent en effet dès votre plus jeune âge votre intérêt pour tout ce qui vous procure du plaisir, comme les rejets et évitements pour ce qui vous rappelle des choses désagréables ou douloureuses. Ces automatismes proviennent du fonctionnement du système limbique qui possède deux systèmes :

– Le « système d’alerte » qui sera activé par les sensations de danger, et

– Le « système de récompense » qui sera activé par les sensations de plaisir.

Le système d’alerte garde en mémoire vos expériences passées douloureuses. Lorsqu’une situation présente évoque de près ou de loin l’une de ces expériences malheureuses, il vous envoie une sensation de danger sous la forme d’une émotion de peur qui vous incite à éviter le danger et la souffrance. Si ce danger dure trop longtemps, l’organisme s’épuise et présente des maladies. Le système de  récompense est activé lorsqu’une situation évoque cette fois-ci une expérience passée de plaisir. Il secrète de la dopamine qui vous stimule, vous met de bonne humeur et vous donne envie d’entreprendre, ainsi que des endomorphines qui s’opposent aux méfaits du stress pour rétablir votre bien-être. Votre corps vous guide ainsi vers ce qui est bon pour votre santé et votre sérénité, en vous protégeant des dangers potentiels.

6 – Les symptômes ou les ressentis corporels de nos émotions, sont des cris de l’âme. Or, vous nous apprenez comment « la maladie nous offre une occasion de rompre le rythme infernal de notre vie trépidante », de « nous débarrasser de nos vieilles émotions » en nous imposant un « Stop ! » quand notre équilibre est menacé. Comment et pourquoi amorcer cette prise de conscience avec nous-mêmes ?

– Trop souvent, nous sommes pris dans l’engrenage d’une vie active qui ne nous laisse aucun répit. Le modèle social nous incite à faire toujours plus pour notre travail, notre famille, nos loisirs. Le paraitre prime sur l’être et le faire sur le sentir. Nous sommes conditionnés à écouter les autres, mais pas notre corps. La pause que nous impose la maladie, nous permet de prendre du recul par rapport à ce rythme infernal. En redécouvrant le temps de prendre soin de soi, le droit d’abandonner ses obligations pour se remettre au diapason de son propre rythme, on en vient à comprendre ce qui nous frustrait dans cet avant qui nous a rendu malade. Cette prise de conscience nous permet alors de repartir sur de nouvelles bases plus conformes à nos aspirations et propices à notre bien-être. Ce corps a d’ailleurs deux grandes façons de dire stop :

– D’abord il envoie de simples avertissements comme des appels de phares, ce sont les maladies à crise.

– Si ces signaux ne sont pas entendus, il enverra un signal prolongé plus désagréable, ce sont les maladies chroniques.

La maladie, comme la dépression ou l’anxiété qui lui sont liées, ne sont donc pas des fatalités à combattre absolument, mais un signal que votre corps vous envoie pour vous obliger à trouver des solutions plus adaptées à votre bien-être. La souffrance, si désagréable soit-elle, est finalement le moteur même de l’action, car il faut souvent une bonne motivation pour avoir le courage de changer ce qui était installé depuis tellement longtemps que vous ne le remarquiez même plus.

7 – Vous écrivez ainsi que « ce ne sont pas les problèmes qui nous rendent malades mais la façon dont nous les interprétons et les moyens dont nous disposons pour y faire face ». Vous ajoutez que l’attention portée à « notre organe cible », objet de nos symptômes et de nos douleurs « est le porte-parole de notre état intérieur ». Quels sont les exemples qui illustrent cette indication et comment en tirer un enseignement ?

– L’émotion n’a pas de réalité en elle-même puisqu’elle est subjective. Elle correspond à notre propre perception de la réalité, en fonction des principes de notre éducation, mais aussi de nos expériences passées de plaisir ou de douleur.

La colère nait par exemple d’un besoin de justice qui n’est pas satisfait.

l’ennui, vient du désir d’activité agréable ou plus passionnante.

L’anxiété révèle un désir de sécurité.

La frustration se ressent quand une envie se heurte à un refus ou une impossibilité.

La douleur est un constat de manque de confort et de sensations agréables.

Le plaisir en revanche est éprouvé lorsque les conditions extérieures et intérieures correspondent parfaitement à nos critères de bien-être.

Plus il y a de problèmes à gérer, plus nous pouvons potentiellement être stressé, sauf si nous savons trouver en nous des moyens de défense efficaces pour faire face, comme par exemple,

-L’estime de soi pour rester serein et confiant, mais aussi

-L’humour pour prendre un recul salutaire,

-La mentalisation pour comprendre rapidement ce qui se joue dans un conflit et trouver une solution,

-Le sport pour soulager rapidement les tensions musculaires et de retrouver du plaisir, mais aussi

-Toutes ces qualités, talents et succès personnels qui nous permettent de trouver les bonnes solutions pour relever le défi sans se fatiguer ni souffrir.

L’organe cible est le point de faiblesse du corps sur lequel va se porter la somatisation du fait de sa moindre résistance. Sa fragilité est liée, soit à sa constitution génétique, soit à des blessures antérieures suite à des maladies ou des opérations chirurgicales, ou encore à une sur-sollicitation par des gestes répétitifs sportifs ou professionnels. Chaque fois que vous vous sentez stressé, c’est cette zone cible qui vous indiquera par son dysfonctionnement ou ses douleurs, que vos limites ont été atteintes et qu’il est vraiment temps de penser un peu à vous pour vous ressourcer.

8 – Quelles sont les bénéfices de l’hypnothérapie que vous pratiquez et comment aidez-vous vos patients à reprendre la maîtrise de leur propre guérison puisqu’ils en possèdent les clefs ?

– L’hypnose médicale est une thérapie brève, connue pour soulager rapidement les symptômes de douleurs et les addictions. J’ai eu l’idée de l’associer avec la psychothérapie psychosomatique pour traiter en même temps le symptôme apparent et le contexte émotionnel qui lui est lié. Mon objectif est d’offrir aux patients souffrant de pathologies chroniques ou d’addictions, des solutions rapides et durables. La technique utilisée est non pas un état de somnolence passive, mais tout au contraire, un état d’hyper concentration mentale favorable à la perception de ses propres ressentis émotionnels et au développement des ressources nécessaires pour combler ses besoins et solutionner son problème.

L’hypnothérapie psychosomatique commence par une investigation psychosomatique me permettant de faire un diagnostic élargit sur tous les facteurs qui génèrent, entretiennent ou aggravent le symptôme. Dans un second temps, je propose des exercices d’hypnose personnalisée, ciblés sur les ressources à développer pour combler les besoins révélés par le symptôme. Grâce à un travail collaboratif créatif, des changements sont initiés pour aller encore mieux qu’avant, et les ressources nécessaires sont développées pour prévenir les récidives et rester désormais en bien meilleure santé. Des résultats peuvent ainsi être visibles en quatre à cinq séances seulement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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